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mercredi 20 mai 2015

Le diable de Milan de Martin Suter

   Lorsque Sonia, une jeune femme tout juste sortie d'un mariage étouffant qui a failli tourner au drame, son ex-mari ayant tenté de la tuer, quitte la ville pour travailler dans un hôtel de luxe niché au coeur de la montagne, elle ne se doute pas un instant de ce qui l'attend. Dans l'atmosphère étouffante de ce village rural de l'Engadine, une vieille légende tisse la trame des événements insolites qui se déroulent. Le diable serait-il aux aguets derrière les talus des chemins qui mènent au vieil hôtel chargé d'histoire, doté d'un espace forme ultra-moderne, au grand dam des villageois?
Dans ce roman noir, l' ancien journaliste suisse Martin Suter peint avec brio un univers confiné et mystérieux, où l'âme des habitants se reflète dans un ciel changeant, lourd de menaces.
Pourquoi Barbara Peters, la nouvelle propriétaire du Gamander, ne semble pas se préoccuper du nombre restreint de clients en pleine saison d'été? Pour quelle raison Reto Bazzell, le collecteur de lait, suit Sonia au volant de son 4x4? Qui est vraiment Manuel, son collègue homosexuel, qui se dit être son ami? Quel lien existe-t-il entre Bob, le pianiste de l'hôtel, et la patronne? Quel rôle joue Malou, sa meilleure amie, la seule personne à connaître sa nouvelle adresse,dans la réapparition de son ex-mari dans le village où elle s'est réfugiée?

C'est le premier roman de M.Suter que je lis et j'ai vraiment adoré: le style est sobre, les petits paragraphes s'enchaînent, laissant des vides que le lecteur comble au fur et à mesure des informations collectées çà et là, ménageant un suspense subtilement distillé.
 L'atmosphère est feutrée, un peu étouffante: extrait de la page 268:
"Soudain, comme si le vent gonflait un rideau de porte, le blanc dans lequel elle regardait fixement se souleva. Au-dessus d'elle s'ouvrit un ciel bleu glace. Au-dessous d'elle, Val Grish semblait plongé pour toujours dans une mer de brume.
On aurait dit qu'elle était passée par une écluse blanche, dans une autre réalité éclairée par un soleil vif et étranger.
Le temps s'était immobilisé. Rien ne bougeait. Le premier mouvement que perçut Sonia fut le vent glacé. Puis elle vit le nuage qui avançait dans son sillage. Il glissa vers elle et dissimula de nouveau le monde dans lequel Sonia, l'espace d'un instant, avait pu porter le regard."

Autre extrait montrant avec quelle dextérité l'auteur crée cette ambiance mystérieuse que j'aime tant: extrait d'un dialogue de la page 284:
"Parfois, tout me paraît tellement singulier. Ca ne t'arrive jamais? Tu es assis quelque part et brusquement tout se transforme. Les choses les plus familières deviennent soudain étranges et menaçantes. Et puis tu as le sentiment qu'il y a autre chose, une autre présence..."

Un jour, Sonia découvre un vieux livre de contes dans lequel elle lit la légende du diable de Milan: c'est l'histoire d'une jeune bergère très pauvre; au cours d'un été particulièrement froid, elle invoque tous les anges de lui venir en aide mais face à leur silence, elle finit par invoquer le diable qui, lui, s'empresse aussitôt de faire cesser le vent et le froid. Bien entendu, elle savait qu'un pacte avec le diable avait son prix mais lorsqu'elle lui demanda quel était ce prix, le diable ne répondit pas. Quelques années d'abondance passèrent jusqu'au jour où le malin vint réclamer son dû: l'âme de la jeune fille. "Le prix est trop élevé", répondit Ursina. Mais le diable répondit: "Avant de refuser, écoute les conditions". Puis, se penchant à son oreille, il murmura:

" Quand l'automne viendra en été,
Quand la nuit viendra en plein jour,
Quand le feu brûlera dans l'eau,
Quand le jour viendra au douzième coup
Quand l'oiseau deviendra poisson
Quand l'animal deviendra humain
Quand la croix désignera le sud
Alors seulement tu m'appartiendras."



Sonia ignore dans quel but, mais quelqu'un rejoue ce vieux conte: " Le ficus perd ses feuilles en été, le portier de nuit se transforme en portier de jour, des bâtons de sécurité brillent au fond de l'eau et la cloche de l'église bat douze coups au lever du soleil."

Les personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires, ont tous un rôle à jouer: un peu comme au théâtre, où chaque nouvelle apparition participe à la trame générale, au ballet qui se joue entre les protagonistes de l'histoire, les personnages annexes et les clients de l'hôtel.
Malou, la meilleure amie de Sonia, avec laquelle elle ne communique que par sms; Manuel, son collègue, avec lequel elle se lie d'amitié; Cassut, le veilleur de nuit alcoolique; la vieille logeuse de ce dernier que Sonia soupçonne détenir une des réponses à l'énigme qui l'environne; Barbara, l'énigmatique propriétaire de l'hôtel; Bob, le pianiste québécois, dont elle tombe amoureuse mais dont elle se demande quels sont ses rapports avec sa patronne; le cuisinier du Steinbock, ancien propriétaire du Gamander; le paysan Gian Sprecher, qui passe une partie de son temps à espionner à la jumelle les allées et venues des habitants de l'hôtel et du village.
Chacun d'entre eux constitue une pièce du puzzle.
Et la façon dont Martin Suter déplace ces pièces jusqu'à la reconstitution de l'image globale est tout simplement fascinante!! J'adore!!!

Je vous recommande chaudement celle lecture et moi, je vais de ce pas me procurer un de ses romans les plus célèbres " La face cachée de la lune". Bonne lecture et à bientôt.

lundi 18 mai 2015

ce que je lis en ce moment

En ce moment, je lis un thriller psychologique écrit par le romancier suisse Martin Suter, intitulé "Le diable de milan". C'est l'histoire d'une physio-thérapeuthe, Sonia, qui, après un divorce douloureux, éprouve le besoin de changer de vie. Elle accepte un poste dans un hôtel de luxe niché dans la montagne engadine, région des Alpes suisses, dans le canton des Grisons.

lundi 20 avril 2015

La maison des absents

Comme je vous avais dit dans un article précédent, j'ai découvert, grâce aux recommandations de la romancière Elizabeth George, une autre romancière de policiers et de thrillers, Tana French. Ce week-end j'ai donc lu son 4e roman intitulé "La maison des absents".
Petite parenthèse: je me demande toujours ce qui peut passer par la tête des traducteurs; pourquoi traduire "Broken Harbour", nom du lieu où se déroulent les crimes, par " La maison des absents"...pendant les 507 pages du roman, j'ai cherché quelle pouvait bien être cette fameuse " maison aux absents", sans jamais la trouver!! Pourquoi, mon dieu, ne pas avoir conservé le titre original???
Bon, je referme la parenthèse...

J'ai trouvé ce thriller psychologique très intéressant, vraiment bien écrit, dans un style sobre, qui privilégie de nombreux dialogues bien menés. Malgré ses 507 pages, on ne s'ennuie jamais.

Le +: l'histoire est racontée du point de vue de l'inspecteur qui mène l'enquête, ce qui est peu habituel dans ce genre de romans, et présente l'avantage de permettre au lecteur de suivre l'enquête de " l'intérieur", si je puis dire. Choix qui ménage le suspense en l'absence d'un narrateur omniscient. J'avoue qu'au début ce choix m'a un peu déstabilisée, car le lecteur est contraint de suivre les pas de l'inspecteur Kennedy; mais finalement cela donne un côté plus intime à la lecture et nous tient en haleine jusqu'au bout.
Les personnages sont très vivants; leur psychologie bien étudiée sans froideur scientifique ni lourdeurs. Ils évoluent dans une Irlande à la dérive, tout comme la famille assassinée...mais chut!!! je ne vous en dirai pas plus.

Le -: certaines questions laissées sans réponse.

J'ai très envie de lire les trois premiers romans que Tana French a écrits.

Conclusion: amis amateurs de bons thrillers, je vous le recommande chaudement!!!